L'amour de l'écriture

Peaufiner ses dialogues

Chaque auteur peaufine ses dialogues à sa manière. Néanmoins, il semble indispensable de ne pas tomber dans l’exagération.

— Bonjour, dit monsieur Parfait.

— Bonjour, répondit l’auteur.

— Savez-vous écrire des dialogues ? demanda monsieur Parfait.

— Bien entendu ? rétorqua l’auteur.

— En êtes-vous certain ? insista monsieur Parfait ?

— Oh que oui ! s’irrita l’auteur.

— J’émets quelques doutes… insinua monsieur Parfait.

— Je ne vous permets pas ! s’indigna l’auteur.

Le dialogue s’encombre d’incises inutiles. L’auteur déteste monsieur Parfait. Néanmoins, monsieur Parfait, malgré son ton condescendant, tente d’aider l’auteur.

Voici quelques petits conseils pour peaufiner ses dialogues.

En règle typographique, les maisons d’éditions françaises utilisent de moins en moins les guillemets et se limitent aux tirets cadratin. Malgré tout, ce n’est pas une erreur de les utiliser.

Screenshot (6)

  • on ouvre le dialogue par les guillemets ouvrants : «
  • on ferme le dialogue par des guillemets fermants : »

« Si on allait manger ! »

Les guillemets sont encadrés par des espaces.

Chaque changement d’interlocuteur donne lieu à un tiret, sauf la première réplique.

« Si on allait manger !
 Bonne idée. Je meurs de faim.
 Henri, tu as toujours faim, de toute façon ! »

La Règle typographique utilisée est le tiret est le cadratin et non le trait d’union ou le signe moins. Voir l’article pour réussir son tiret cadratin.

https://leblogduneroussepeteuse.wordpress.com/2018/05/23/tirez-pas-sur-le-cadratin/

En français, on n’encadre pas chaque réplique de guillemets (contrairement à la typographie anglaise).

Pour chaque dialogue, il ne doit donc y avoir qu’une seule paire de guillemets, au début de l’échange et à la fin.

On écrit : « Viens donc manger, dit-il en se levant. C’est l’heure »

Et non : « Viens donc manger », dit-il en se levant. « C’est l’heure »

Screenshot (7)

Dans l’édition, il est de plus en plus l’usage de supprimer les guillemets. Dans ce cas, la première réplique commence par un tiret pour marquer le début du dialogue :

 Si on allait manger !
— Bonne idée, je meurs de faim.
— Henri, tu as toujours faim, de toute façon !

Les incises

Ce sont les incises qui vont permettre

  • d’indiquer qui a la parole
  • d’enrichir le dialogue

L’incise suit la phrase prononcée, dont elle est séparée par une virgule, un point d’exclamation ou d’interrogation.

Les incises sont englobées dans le dialogue (on ne ferme donc pas les guillemets pour les en exclure). Par contre, la dernière incise se place après le guillemet fermant le dialogue.

« Si on allait manger ! proposa Albert.
— Bonne idée, répondit Henri. Je meurs de faim.
— Henri, tu as toujours faim, de toute façon », dit Georgette.

Une incise ne commence PAS par une majuscule, même quand elle suit un point d’exclamation ou d’interrogation, contrairement à ce qu’affirme la correction orthographique de Word (attention, parfois la correction automatique de Word vous rajoute une majuscule en douce !).

Les verbes de parole

En ouverture du dialogue
  • Le verbe a comme sujet celui qui parle en premier
  • le verbe se trouve juste avant le début du dialogue
  • la phrase se finit par deux points

Albert demanda à Henri :
« Veux-tu aller manger ?
— Bonne idée, répondit ce dernier. Je meurs de faim.»

Pour introduire un dialogue, on peut même utiliser un verbe de mouvement :

Albert se tourna vers Henri :
« Veux-tu aller manger ?
— Bonne idée. Je meurs de faim.»

Albert ferma son livre de chimie :
« On va manger ? »

En incise
  • le verbe se trouve au milieu ou à la fin d’une réplique
  • le verbe et le sujet sont inversés

« Veux-tu aller manger ? demanda-t-il.
— Bonne idée, répondit Henri. Je meurs de faim.»

Le t qui est mis entre le sujet et le verbe est un t euphonique, pour permettre une liaison en t. C’est donc un tiret qui sépare le t du sujet, et non une apostrophe (utilisée pour l’élision) On écrit donc dit-il et non dit’il.

Certains des verbes ci-dessous vous surprendront peut-être, car vous en les aurez pas identifiés comme verbes de parole. Mais ils peuvent très bien s’intégrer dans un dialogue et donner du relief à ce dernier.

— J’ai vu le professeur de chimie sourire à une élève, couina Georgette
— Ce n’est pas possible, s’étonna Albert.
— Tu as du mal voir! s’étouffa Henri
— Mais non, je sais ce que j’ai vu, s’offusqua Georgette.
— Tu as dû avoir des hallucinations. Tu as suffisamment mangé ce matin ? s’inquiéta Henri.

Bon, il ne faut pas en faire trop tout de même. L’exemple suivant est un peu poussé :

« Oh, pardon ! », ferma-t-il la porte.

Chaque dialogue doit avoir son utilité :

  • donner des informations,
  • indiquer ce que les personnages ont prévu de faire,
  • permettre aux locuteurs de résoudre une énigme;
  • montrer les relations entre les personnages,
  • exprimer leurs sentiments,
  • détendre le lecteur par l’échange de répliques humoristiques
  • ou au contraire accentuer l’intensité dramatique en faisant ressortir les tensions entre les personnes ou en permettant au héros d’exprimer son chagrin, sa peur, sa frustration.

— Tu viens manger ? demanda Albert.
— Oui, répondit Henri.

Ce dialogue n’apporte rien. Autant écrire simplement : Albert et Henri partirent déjeuner à midi et demi.

Adopter un dialogue linéaire

Pour que le lecteur ne soit pas perdu, tâchez de ne pas laisser la conversation partir dans tous les sens. Traitez un sujet après l’autre et, si il y a des digressions, marquez le retour à la conversation d’origine :

—…dit Georgette en recentrant le sujet …indiqua-t-il pour reprendre le fil de la conversation.
Indiquer qui a la parole

Même quand il n’y a que deux personnages, il ne suffit pas d’indiquer qui entame le dialogue et qui lui répond, sans ensuite préciser qui parle. Bien sûr, on peut le déduire puisque chaque tiret indique le changement d’interlocuteur. Mais au bout de trois échanges, le lecteur est généralement perdu et n’a pas envie de revenir en arrière et de compter les répliques. Il faut donc rappeler où on en est tous les cinq à six répliques. À partir de trois locuteurs, il faut indiquer systématiquement qui répond.

Pour faire varier les appellations pour ne pas faire trop de répétitions:

  • utiliser les pronoms il et elle quand les personnages sont de sexe opposé et qu’ils ne sont que deux
  • désigner les personnes par leur prénom
  • désigner les personnes par leur fonction et leur statut :
    le directeur, le père d’Henri, la matriarche des Dupont, le gardien d’immeuble
  • utiliser les liens entre les personnes :
    lui répondit sa soeur, indiqua sa petite amie, soupira son professeur
  • mettre le nom de l’interlocuteur précédent dans la réponse :
    — Mais arrête de ne penser qu’à manger, Henri ! s’insurgea sa meilleure amie
  • donner des indications identifiant l’auteur de la réplique :
    — C´est l’heure de manger ?
    Georgette soupira : il était toujours le premier à avoir faim…

Le dialogue doit être soigné

Ce n’est pas parce que vos personnages ont 16 ans qu’il faut infliger à vos lecteurs des échanges pauvres, ennuyeux et répétitifs, émaillés de euh… et de ben…. Ne cédez pas à la facilité d’utiliser une grammaire approximative et des mots grossiers. Le dialogue fait partie du récit et doit être aussi agréable à lire que le reste.

Le niveau de langage varie en fonction de la personne et de l’interlocuteur

Le niveau de langage doit correspondre à celui qui parle. Les adultes ont en général un langage plus soutenu que les adolescents. Attention cependant, même si les personnages ne sont pas très distingués, il vaut mieux exclure toute vulgarité et s’en tenir à un langage familier.

En fonction de l’interlocuteur, on parle différemment. Ainsi un jeune évitera les familiarités s’il parle à un adulte, mais se relâchera peut-être avec ses amis.

À chaque époque son langage

Le langage doit également correspondre à l’époque considérée : il ne doit pas constituer un anachronisme par rapport à l’époque où il se tient. Ainsi si vous mettez en scènes des personnes dans les années 70, ils parleront plutôt comme vos parents.

Sandrine dira donc C’est sensas ! plutôt que C’est trop ! et elle parlera de nana et non de meuf.

Et même si l’histoire se déroule de nos jours, les personnes d’une autre génération ont un langage qui leur correspond. Ainsi la grand-mère du héros doit parler comme les personnes âgées que vous connaissez et utiliser des mots désuets :

Réclame au lieu de pubépatant au lieu de superbrave garçon au lieu de mec cool

Prendre garde aux enchaînements

Chaque réplique doit découler logiquement de la précédente. Dans un dialogue, on a des messages à faire passer à nos personnages, mais il faut veiller à ce que la réplique qui tue ou l´information à délivrer n´arrive pas comme un cheveu sur la soupe.

Vos personnages ne doivent pas non plus répéter ce que leurs interlocuteurs savent déjà. Arrangez-vous pour faire passer l’information dans la narration ou dans la réponse.

— Il y a une fuite d’eau dans ma classe, au troisième étage, annonça le professeur de chimie au directeur du collège.

Si le directeur ne sait pas où se trouve la classe de son professeur de chimie, il faut qu’il change de métier. Vous pouvez mettre :

— Il y a une fuite d’eau dans ma classe, annonça le professeur chimie au directeur.
— Encore une fuite au troisième étage ! s’agaça le directeur

Ou mieux :

— Il y a une fuite d’eau dans ma classe, annonça le professeur chimie au directeur.
Le directeur soupira. C’était la seconde fuite repérée au troisième étage. Il fallait qu’il fasse au plus vite vérifier l’étanchéité du toit.

Prenez les circonstances en considération

Un personnage en train de sauver sa peau ou sous le coup de la colère fait des phrases beaucoup plus brèves que lors d’une conversation de salon. Dans les situations extrêmes, n’hésitez pas à télescoper les répliques :

Quand il voit une personne sur le point de se faire écraser, votre personnage ne va pas crier :

— Une voiture a brûlé le feu rouge ! Courez pour ne pas vous trouver sur sa trajectoire !

Il dira plutôt :

— La voiture ! Courez !

Voire :

— …
Incapable de prononcer un mot, il assista impuissant à l’impact.

Non, je plaisante !

Le dialogue s’inscrit dans un contexte

Le dialogue ne sera pas le même en fonction de son environnement. Ainsi il faut indiquer :

  • le lieu (éventuellement le mobilier)
  • les témoins

Pour se représenter le dialogue, les lecteurs ont besoin d’indications sur l’endroit où il se tient. Vous pouvez mettre quelques phrases de description en marge du dialogue ou introduire les précisions dans le dialogue lui-même.

— J´ai vu le prof de chimie sourire à une élève, indiqua Georgette, en s´asseyant à la table où ses deux camarades avaient commencé à faire leurs devoirs.
— Ce n´est pas possible ! s´exclama Albert, s´attirant le regard des autres élèves qui étudiaient dans la salle d’études..

Si la discussion est secrète et que des témoins sont présents, les locuteurs vont parler bas ou à demi-mot.

Enrichir le dialogue

Les personnages utilisent leur voix pour exprimer leurs sentiments

Il est connu qu’il y a beaucoup plus de malentendus dans les échanges écrits que dans les conversations orales. On a même inventé les émoticons pour pallier la neutralité de l’écrit. Votre dialogue doit donc refléter la richesse de l’échange sonore.

  • Ainsi, un personnage agressif va
    tonner, crier, parler sèchement, lancer d’une voix furieuse, parler d’un ton agressif.
  • Pour détendre l’atmosphère, on va
    ironiser, dire d’une voix gouailleuse, conclure dans un éclat de rire.
  • Le séducteur va
    promettre avec douceur, proposer d’une voix suggestive, assurer avec passion, plaider sa cause.

Les dialogues révèlent le caractère des personnages et leurs relations

Même dans un dialogue serein, il n’est pas rare qu’un personnage dirige la conversation.

Ainsi, dans une discussion, faites en sorte que ce soit toujours la même personne qui recentre les débats, tente de concilier les avis différents. Une autre va jouer les rigolos de service, une troisième va mettre les pieds dans le plat, etc.

Quand l’échange est moins neutre, servez-vous de verbes indiquant l’intention pour éclairer les relations entre les personnages :

  • Le dominant va
    asséner, accuser, s’énerver, ordonner, s’enorgueillir.
  • Le dominé va
    s’excuser, admettre, accepter, demander timidement…

Les indications scéniques

Un dialogue n’exclut pas une certaine mise en scène : les personnages sont debout ou assis, se lèvent, entrent, sortent, se touchent, se frappent.

Leur langage corporel peut souligner ce qui passe dans le dialogue :

  • Celui qui veut convaincre ou menacer va se servir de son corps pour intimider son interlocuteur. Il va :
    s’approcher de lui, rester debout pour regarder de haut celui qui est assis, jouer négligemment avec une arme, le fixer agressivement.
  • Sa victime va au contraire tenter de
    reculer, crisper ses mains sur les accoudoirs de son fauteuil, ne pas oser lever les yeux, renifler, tordre un mouchoir entre ses mains, avoir un tic.
  • L’anxieux ou le coléreux vont
    marcher de long en large, taper du poing sur la table, avoir des mouvements brusques, passer leur main dans leurs cheveux.

Les techniques

  • Utiliser les compléments circonstanciels de manière pour indiquer l’intention de celui qui parle
    Gentiment, prudemment, brutalement, sèchement
    Avec gentillesse, avec compassion, avec intérêt, avec tristesse, avec inquiétude, sans ambages, sans se préoccuper du mouvement d’horreur que sa confession avait provoqué
    Se méprenant sur le silence de son interlocuteur, pour rattraper sa bourde, ignorant les dénégations de son interlocuteur
  • Donner le ton de la voix
    D’une voix froide, d’une voix agacée, d’une voix tonnante, d’une voix posée
  • Indiquer le mouvement
    En souriant, en se levant, en marchant de long en large, réprimant un mouvement d’humeur, en hochant la tête
  • Préciser l’intensité vocale et le débit
    Murmurer, crier, glapir, clamer, bégayer, les mots se bousculant dans sa bouche, choisissant ses mots avec soin, avec hésitation
  • Utiliser des verbes qui indiquent le sentiment
    S’étonner, s’inquiéter, se réjouir, exulter
  • Utiliser des verbes qui indiquent le rapport de force
    Domination : asséner, triompher, reprocher
    Position de faiblesse : reconnaître, s’excuser, se soumettre, admettre

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Source :

http://ffnetmodedemploi.free.fr/dialogue.php

 

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6 réflexions au sujet de “Peaufiner ses dialogues”

  1. Moi qui croyais qu’écrire un livre ne vous prenait que quelques semaines.. 😁 ouh la la, que de choses à penser.. Je prends tout en note, c’est génial. Merci et bon courage .

    Aimé par 1 personne

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