New Romance ou Old Romance ? Chapitre 4

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Chapitre 4 : un auteur et la New Romance

 

Je vous ai parlé de mon Guillaume, mais vous ai-je parlé de moi ?

Je vais vous raconter l’histoire de ma vie ordinaire qui vous semblera extraordinaire. Quoi de plus normal, puisque c’est moi qui vous la narre.

Isabelle, rousse, boulotte (terme beaucoup plus raffiné que « grosse »), trente-huit ans, romantique et auteure. Auteure méconnue, mais l’avantage, moi, je n’ai aucune mauvaise note sur Ama… (pas de pub intempestive), …sur des sites de lecture.

Qu’est-ce qu’un auteur ?

Un auteur est un monsieur ou une madame qui alignent des mots pour le grand plaisir de vos yeux. Tu as les auteurs connus, reconnus et inconnus. Je fais partie de cette dernière catégorie. Je te salue, toi le lecteur courageux qui me lit. La première subtilité d’un auteur est de te faire aimer en dix lignes ce que tu détesteras en 300 pages. Cela s’appelle du marketing ou, dans la langue française, de la vente forcée.

Si tu me lis, tu te sens pousser des ailes. Non, ne regarde pas dans ton dos, c’est une image.

Je peux déjà te dire que mon histoire ne t’offrira que deux options : tu l’aimes ou ne tu ne l’aimes pas.

Les lecteurs sont comme les chasseurs, ils se divisent en deux groupes : les bons lecteurs et les mauvais lecteurs. Comment un auteur fait-il la différence ? Facile ! Tu aimes son livre : tu es un bon lecteur. Tu le détestes : tu es un mauvais lecteur.

Toi, le lecteur, choisis ton camp dès le départ. Conseil de l’auteur : il vaut mieux être bon que mauvais.

Une fausse rumeur coure sur les auteurs : les hommes seraient de meilleurs écrivains que les femmes. Je rassure la gent féminine, cette rumeur n’a pu être lancée que par un homme.

En effet, si tu comptes le nombre de paroles qu’une femme peut prononcer en deux minutes, tu comprends qu’elle n’éprouve aucun mal à les retranscrire sur papier.

Le plus ardu, mesdames ? Remettre les mots dans l’ordre.

Je pense à mon amie Elina et à notre dernière conversation téléphonique.

— Les soldes, bientôt janvier, oufti, le portefeuille !

Tu écris :

— Mince alors, voici venir janvier, le mois des soldes. Le portefeuille va encore souffrir.

Tu constates que le message est le même, mais plus compréhensible à la lecture.

Je pense toujours à Elina lorsqu’elle pique une grosse crise de colère:

— Cette salope me sort par tous les trous ! Je vais lui coller une beigne et lui botter le cul.

Tu écris :

— Cette fille aux mœurs légères m’indispose. Je vais lui tâter la joue et l’empêcher de s’asseoir.

Tu constates que le message est toujours le même, mais plus poétique.

Je conçois qu’un homme possède plus de sources d’inspirations. Les frustrations de la vie quotidienne jaillissent sur papier. Tout ce qu’il n’ose pas dire à son épouse, il le déverse au travers de ses mots : ses frustrations, sa haine, son envie de se rebeller. L’auteur masculin adore écrire des thrillers. Il étrangle, torture, poignarde celle qui lui a reproché de ne pas avoir rebouché le tube de dentifrice.

L’auteur femelle ne se montre jamais aussi démoniaque. Au plus, elle choisit le physique de son héros aux antipodes de son mari. Qu’il comprenne que, oui monsieur, d’autres hommes me font fantasmer !

Comment mon Guillaume supporte-t-il la vie du quotidien au côté d’une auteure ivre des mots ?

Mal…

Il mange des frites trop cuites, des rôtis brûlés, des plats préparés à la hâte. Il rêve de se réincarner en clavier d’ordinateur pour que mes doigts courent sur sa peau.

Hier, il a tenté de capter mon attention.

Hier, nous étions dimanche, Jour J dans la vie d’un homme après 18 ans de mariage. Le Seigneur insuffle à l’homme marié et travailleur le courage d’honorer sa femme.

Je m’escrimais dans la cuisine avec une fourchette contre mon chat (coopératif, il sortait les griffes) afin de retranscrire un duel à l’épée. Vous pensez bien que je n’avais pas la tête aux galipettes. Long soupir du côté de l’homme.

— Ma chérie, j’ai une maîtresse.

— Oui, oui, c’est bien, je réponds d’un air distrait.

Colton en profite pour me désarmer ! Ma fourchette gît au sol et je m’effondre suite à un coup de griffe. Colton ? Ben, le chat ! Au départ, il a porté pendant dix ans le nom de Pépère. À la lecture de la New Romance, j’ai remarqué que même les chats portaient un petit nom sexy. Dès lors, je l’ai rebaptisé.

Nouveau soupir de Guillaume.

— Dans ta prochaine scène, est-ce que par hasard, l’épouse soumise prépare un clafoutis à son mari ?

Je ramasse ma fourchette et vise la tête de Guillaume. Il fait un bon de côté. Il est agile le bougre, je le rate ! Je reprends mes esprits et je reconnais que ces derniers temps, je le néglige. Comment faire pour qu’il ne sente pas délaissé ? Comme toujours me vient alors une idée lumineuse.

Afin d’écrire un bon roman, il faut se documenter. Perfectionniste dans l’âme, je sollicite l’aide de chéri pour une scène olé, olé (terme Old Romance). Pour les lectrices de New Romance, nous dirons une scène de sexe, afin de ne pas les perturber et qu’elles pensent que je soutiens les corridas. Mon Guillaume s’est prêté à ces exercices en faisant preuve d’un enthousiasme débordant.

Comme quoi, le bonheur est si souvent à portée de main.

À suivre…

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6 commentaires

  1. Superbe . Je rigole toute seule en plus quand tu dis  » Si tu me lis, tu te sens pousser des ailes. Non, ne regarde pas dans ton dos, c’est une image. » j’ai regardé mais qu’à la fin de ta phrase et je sais même pas pourquoi. 😂😂😂

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