Les auteurs de la Voie de Calliopé

Rose Morvan ou la passion des mots

L'Héritière de la Nouvelle-France par [Morvan, Rose]

Je suis une rousse péteuse et tout le monde le sait, elles adorent parler d’elles, même lorsqu’elles parlent des autres.

Il faut que je vous narre ma rencontre avec Rose Morvan.

Je me suis lancée dans l’écriture comme on se lance sans parachute du haut d’un avion à des milliers de mètres d’altitude… A quelques pieds de la terre ferme, Rose Morvan a déployé ses ailes et m’a sauvée avant que je ne m’écrase sur le sol. Je venais de rencontrer ma première bêta lectrice. Je venais surtout de comprendre les définitions des mots : minutie et perfectionnisme.

Pour assouvir ma curiosité, il ne me restait plus qu’à commander l’un de ses romans . Mon choix s’est porté sur Les Coquelicots de sang, l’histoire du docteur Albertine Régnier, femme exceptionnelle et pourtant méconnue dont l’Histoire n’a pas retenu le nom. Et le résultat a été plus que probant, je suis devenue une lectrice inconditionnelle des romans historiques de Rose.

Rose Morvan, bonjour. Tu es la première autrice, je dis autrice, car je sais que c’est un mot que tu affectionnes, qui vas répondre à mon interview.

C’est surtout le mot qui était attesté autrefois !

L’interview commence bien, je vous ai dit que Rose se montrait pointilleuse…

Voici le moment propice pour parler de toi. Un exercice périlleux, car parler de toi, ce n’est pas ce que tu préfères, n’est-ce pas Rose ?

En effet, je n’aime pas parler de moi. Je pars du principe que le plus important n’est pas qui je suis, mais ce que j’écris. Je cultive la discrétion, ce qui me vaut un manque de visibilité certain. Tu n’es pas la première à me faire cette remarque, mais difficile d’aller contre sa nature.

À quel âge as-tu commencé à écrire ?

Comme beaucoup de personnes, j’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans et le titre de mon premier roman était Parce que certains hommes savent être heureux (je l’ai toujours) Je parle d’une époque où j’écrivais à la main, dans des cahiers, sans ordinateur (cela n’existait pas !) J’ai 8 vrais « manuscrits » dans mes tiroirs. Je pense en retravailler certains afin de les publier. La langue française et moi, c’est une longue histoire d’amour.

Quel genre écris-tu et dans la lignée, quel est ton préféré ?

Mes deux genres principaux sont le contemporain / la littérature blanche, avec souvent une histoire d’amour qui soutient l’évolution de mon personnage principal, une femme jusque-là ; et le genre historique, une vraie révélation pour moi. Je me sens faite pour cela. En somme, j’écris des destins de femmes. J’ai déjà publié une novella érotique pour savoir si j’en étais capable (Un Vent de volupté), un conte (non encore publié) et j’espère un jour écrire de la fantaisie et du fantastique.

Parmi tes romans, as-tu un préféré et pourquoi ?

J’aime tous mes romans ! Ils reflètent mon évolution dans l’écriture. Mais je dirais que Les Coquelicots de sang occupent une place à part dans ma production. Comme les autres historiques, il m’a donné du fil à retordre dans la documentation, mais j’ai choisi la forme du journal intime polyphonique (désolée, Jc, c’est le mot !), c’est-à-dire qu’on entend la voix de la narratrice mais aussi celles de ceux qu’elle a croisés ou qui ont partagé sa vie à un moment donné. C’est aussi un hommage aux combattants mutilés de la Grande Guerre. Et mon héroïne exerce une profession atypique pour l’époque.

Petite note humoristique.  Rose me précise que polyphonique est le mot, car je lui ai demandé d’utiliser, lors de cette interview, un vocabulaire à la portée de tous. Lors de nos nombreux échanges, il n’est pas rare que monsieur dictionnaire me porte assistance pour communiquer avec Rose. ♥♥♥

Tu publies en ME et autoédition. Quels sont pour toi les avantages et les inconvénients de chacun.

Comme je suis paresseuse, pour les romans historiques (sauf les Coquelicots de sang) les ME font le travail de diffusion à ma place sur les sites marchands. J’ai la chance de travailler avec deux ME, Gloriana et Something Else Éditions, qui me laissent une grande marge de manœuvre, me font confiance, ce que j’apprécie beaucoup. Je regrette de ne pas être présente dans les librairies physiques. J’espère que cela viendra.

L’avantage de l’AE, c’est la totale liberté de publier ce qui n’entre pas dans la ligne éditoriale de mes deux ME. Faire le travail de A à Z est aussi très enthousiasmant. On publie quand on veut, à son rythme, alors qu’en ME, il y a des calendriers de parution. L’inconvénient de l’AE, c’est que je suis rattrapée par ma paresse : mes deux romans en AE le sont sur un seul site marchand. Et je ne suis pas assez connue pour vendre sur mon nom.    

Je suis une grande ME. Je viens frapper à ta porte et je te dis : Rose, ton style me plaît mais Carine et George deviennent Robert et George, sinon, tu ne signes pas. En clair, je t’oblige à ce que ton roman M/F devienne M/M, tu acceptes (tout, je ferais tout pour publier), tu refuses (et tu retiens ta remarque bien cinglante).

Je ne signe pas, car d’autres seront plus doué.e.s que moi pour écrire du M/M. Si j’avais eu envie d’écrire un tel roman, je l’aurais fait. On peut dire la même chose pour un F/F. Ensuite c’est un manque de respect pour le roman initial et un chantage. Si je suis obligée d’écrire dans un genre dans lequel je ne me reconnais pas ou que je n’ai pas envie de tester, je n’y arrive pas. Je ne me sens pas douée pour du polar, de la chicklit, du thriller, etc., donc je n’en écris pas. Si au départ, j’ai courbé l’échine dans le monde de l’édition, aujourd’hui, c’est terminé. Et je n’oublie pas qu’il y a l’AE pour qu’un roman existe et soit accessible au lectorat.

Tu ne tiens pas de page FB auteur. Manque de temps ou choix personnel ?

On m’a déjà posé cette question et j’avoue que je ne la comprends pas. J’ai une page FB sur laquelle les personnes peuvent venir, repartir, aimer, désaimer, qui ne me sert qu’à communiquer sur mon travail d’écriture et avec mon lectorat, ainsi qu’avec les personnes qui écrivent et/ou qui ont la même vision que moi de la littérature.

Je pense que nous vivons une ère éditoriale où le talent n’est plus la seule qualité pour vendre des romans. La publicité que l’on se crée sur les réseaux sociaux est aussi une vitrine de succès. Qu’en penses-tu ?

Hum ! hum ! je te vois venir avec tes gros sabots. Il paraît qu’il faut vivre avec son temps, mais je ne suis pas fan des réseaux sociaux et si je n’écrivais pas, je n’y serais pas. Je n’en fréquente qu’un seul d’ailleurs. Je regrette même que ce soit un passage obligé pour se faire connaître. Cependant je concède y avoir fait la connaissance de personnes très intéressantes et j’y croise mes lectrices fidèles qui me soutiennent et m’encouragent dans mes moments de doute. Je préférerais, et de loin, que le talent et le bouche à oreille soient les critères essentiels de l’attirance du lectorat et non des couvertures aguicheuses, des titres formatés ou du matraquage sur les réseaux sociaux. Je pense avoir perdu des ami.e.s en route avec ces propos !

Quant au talent qui serait une qualité pour vendre ses romans, cela reste à prouver… Certain.e.s savent mieux écrire que se vendre, d’autres savent mieux se vendre qu’écrire. Étant donné la masse de la production, je crois que la seconde catégorie est sur-représentée, mais chacun.e a sa chance et il y a de la variété. Mais on est aussi perdu.e dans un océan. Tu sais où me placer.

Je viens de perdre les derniers.dernières ami.e.s qui me restaient grâce à ton ITW J

Un genre de lecture que tu détestes ?

Je ne vais pas me faire des ami.e.s. Je ne lis pas de chicklit, de polar, de dark, de thriller, d’érotique, mais je comprends que d’autres puissent aimer. Sinon, je déteste tous les effets de mode qui créent des clones de tel ou tel roman, qui copient-collent les mêmes intrigues, les mêmes clichés. Je crois que je n’ai pas besoin de citer d’exemple. Je déteste tous les romans (au-delà des genres) qui dégradent l’image de  la femme, qui utilisent un langage vulgaire (en dehors d’une nécessité romanesque).

Ton plus grand défaut et ta plus grande qualité ?

Depuis que je publie (2014), c’est la procrastination : je préfère écrire que de faire les corvées domestiques ou ranger mon intérieur ! Et dès que je peux écrire, je remets tout au lendemain. Autrement, selon le point de vue où l’on se place : psychorigide, intransigeante, rigoureuse, exigeante. Tu en sais quelque chose, je crois

(Oh que oui ! )

Un roman intemporel ?

Je dirais plutôt un conte philosophique : Candide de Voltaire.

Le mot de la fin pour nos lecteurs ?

Laissez-vous tenter…

Et merci à toi de m’offrir cette vitrine et la primeur de cet entretien. Je suis très honorée de ce choix. Et intimidée aussi.

Un grand merci à Rose qui aime l’amour du risque et qui a répondu à ma première interview.

Pour acheter les romans de Rose Morvan, c’est ici

Pour retrouver sa page FB, c’est ici

Pour celles et ceux qui aiment les bons mots, l’historique dans ses plus beaux atours, retrouvez les deux derniers romans de Rose Morvan parus chez Something Else éditions:

 

 

 

 

 

 

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2 réflexions au sujet de “Rose Morvan ou la passion des mots”

  1. Je suis jalouse ! Grrr ! À l’époque où je tenais un blog, Rose n’a pas accepté de répondre à un questionnaire, de par sa discrétion. Ce que j’ai compris, bien entendu.
    Bravo JC, une des meilleures interviews que j’ai lues.
    Rose Morvan a été pour moi une révélation, vraiment.
    C’est une autrice qui possède un talent fou, et qui mérite d’être lue, et reconnue.
    J’attends avec une grande impatience chaque nouveauté.
    Ce n’est que du pur bonheur, tout simplement.

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